Ne les obligez pas à lire !

On peut détester les livres à 8 ans et les aimer à 20. Il suffit pour cela d’avoir rencontré un livre déclic, ou de s’être affranchi des injonctions parentales et scolaires.
Comme Elise, 40 ans, aujourd’hui journaliste, qui s’est mise à dévorer des bouquins le jour où sa mère, agrégée de lettres, a renoncé à la faire lire.
« Un soir, se souvient-elle, j’ai piqué dans sa bibliothèque L’Arrache-Cœur de Boris Vian. Ce livre m’a fascinée, emportée, mais surtout, je l’avais choisi toute seule ! C’était une transgression. »

 

Car avant d’être un plaisir, la lecture est d’abord une liberté. La liberté de ne pas lire, ou de choisir seul ses lectures : sans ses profs, sans ses parents. Elisabeth Brami, psychologue et auteur de L’Oiseau-Livre (Casterman, 2004) estime que : 
« Il est illusoire, et même intrusif, de se mêler des lectures de nos enfants.Car elles ne nous regardent pas. La lecture relève du domaine privé, on y projette beaucoup de soi, comme dans un journal intime. » 
Alors, faire lire les enfants, est-ce vraiment indispensable ? « Il y a une cinquantaine d’années à peine, dans les milieux populaires, la lecture était considérée comme une perte de temps, remarque la sociologue Chantal Horellou-Lafargue, coauteur de Sociologie de la lecture (avec Monique Segré, La Découverte, 2003). Ce n’était pas en lisant que les enfants allaient acquérir un métier ! » Françoise Dolto la première estimait qu’il n’était pas essentiel de lire avant l’âge adulte. On prête aux livres des milliers de vertus qu’ils possèdent, certes, mais sans en avoir l’exclusivité…
Alors parents, lâchez prise et déculpabilisez ! Certains enfants détestent la lecture parce qu’ils gardent un souvenir pénible de son apprentissage et associent les livres à du matériau scolaire. 

 

Témoignage de Mikaël Ollivier, écrivain : 

extrait de son livre Enfant, il était pourtant Celui qui n’aimait pas lire  (éditions de La Martinière, 2004). 
 
« Pour moi, la lecture ne pouvait être qu’une excroissance de l’école. Il fallait lire pour être bon en orthographe, réussir ses commentaires composés. Les livres étaient des médicaments au goût amer. Je ne savais pas que l’on pouvait découvrir le monde dans les livres. Personne ne me l’avait jamais dit. Pourtant, je voyais mon frère dévorer des livres. A 13 ans, il avait lu Tolstoï, Camus et Sartre. Je l’enviais, j’essayais parfois de l’imiter, mais les livres me tombaient des mains au bout de quelques pages. J’étais complètement fermé. Pendant qu’il lisait sous sa couverture, je rêvais, j’observais les motifs géométriques du papier peint, une toile d’araignée… […] A l’époque, j’étais malheureux de ne pas aimer lire. Je me sentais stupide, différent, paresseux. Et puis à l’école, j’avais toujours peur d’être pris en faute, car je ne lisais jamais les extraits demandés. […] C’est Steinbeck qui m’a fait découvrir le plaisir de lire, avec son roman La Perle. Puis il y a eu Le Vieil Homme et la Mer, d’Hemingway, et Pêcheur d’Islande, de Pierre Loti… Mais je ne suis pas devenu lecteur pour autant. Il m’a fallu quitter l’école pour cela ! »
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